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mercredi 21 décembre 2011

235. Washi, petit frère de Nargis


1
Des brises d’arrière-saison ont nettoyé au Karcher les Philippines, la Polynésie et l’île de Palau
Des côtes de Mindanao à Palawan, 1 000 corps tombèrent dans le vortex des flots autoalimentés
Lors d’une dépression tropicale atteignant 992 hectopascals sur l’échelle des météos en panique
La densification des vents marins se cristallisant en masse au-dessus des branchies de la verdure
2
10 heures de pluies torrentielles ont lessivé la terre et gorgé la croûte au niveau d’une piscine
Deux mètres d’eau s’ajoutant à la hauteur des crues bombardant les routes d’un triste courant
Les hommes poissons dévalant la vallée sur les bûches qui longèrent l’esplanade en glissando
Un glissement de terrain par aquaplaning portant les hommes vers une destinée en cascade
3
90 km/h dans les sinus firent un état de catastrophe naturelle en Mer de Chine méridionale
Des sceaux en plastique, des haillons textiles, des pelletés de détritus à même les fourrages
Alors que les canoë esquivent la terre et rament le long d’une bordée où l’espoir est humide
Sur les infrastructures des eaux boueuses qui dévalent le limon où l’ivraie trouvera son lit
4
En pleine nuit, une lampe frontale encordée de force brute éclaire les jeunesses fantomatiques
L’onde de choc courant au-devant des secouristes gantés et chaussés de tenues bleues clairs
Un système convectif de méso-échelle repeignait de boues vives les tuiles de l’île de Leyte
Les rigoles de la terre creusées par une surprise à chaux vive, des camions remplissant les travées
5
Les ports de Cagayan de Oro et d’Iligan ont subi de plein fouet les pluies folles de Chac et Tlaloc
Laissant les ombres réfléchies porter les cageots sur leurs épaules d’Atlas contre des murs d’eau
Ils regardent les corps se décomposer par une extraction liquide depuis leurs sphincters embourbés
Une électricité chauffant par à-coups les morgues comptant les fioles des fluides à embaumement
6
Seuls des hélicoptères survolant les zones à mi-hauteur plantent leurs images sur les genoux marins
Les coulées depuis les hauteurs montagneuses se fraient un chemin dans le beurre de la désolation
Parce que les bûcherons sylvestres arasent les montagnes, depuis des vallées, pour faire du charbon
La cyclogenèse des super typhons écrivant une épitaphe sur un fortin de cercueils blanchis de nombre
7
« Nous avons cessé de compter les disparus » affirmait l’Organisme de prévention des catastrophes
Des jours après la brèche dans les bandes de pluie concentriques, le déluge s’arrêtera une année
Les secours arrivant à la périphérie anticyclonique où le destin conflue au tournant du métatexte
Les quadrimoteurs lâchant des catasondes dans l’œil du cyclone pour lire sur un marc de café nuageux

dimanche 18 décembre 2011

233. Quatre ouvriers dans les chantiers de Chittagong

1
En raison d’une fuite d’huile depuis les soutes de gazole des tankers qui débarquent éventrés
La coque fissurée par les ravines du temps laissant les saillies métalliques ployer sous les scies
Alors que les ouvriers se remorquent à la pelle sur les plages de Jahanabad récoltant les carlingues
Ces écheveaux de misère, rouillés par les suies et le périple des moussons, le gouvernail encré
2
Des porte-conteneurs de plus de 150 mètres appontent sur les bandes de sable et s’échouent
Parce que les vagues alternent avec de longs glissandi lorsque les hommes du Golfe du Bengale
Encordent ces péniches sauvages écrouées par un temps de rouille lors d’un été de plates-formes
Des bataillons de barques aux couleurs crevettes lessivant une plage propulsée de sable grisâtre
3
Plus haut sur la lagune, on voit les géants coucher leurs falaises sur le flanc parce que les ouvriers
Taillent des bavettes et des carrés de coque à même les tronçons pour dépecer la chair métallique
Une récupération au kilo des bois, des rivets, du métal et du zinc, plus tard ces nouveaux arômes
Parsemant d’effluves morts la ville saupoudrée de ferrailles et de désordres environnementaux
4
Les hommes palabrent en maniant des scies sauteuses qui équarrissent de vieux mastodontes
Détrempant leurs couleurs caillées de mycoses oxydées sur le dos des remparts qui s’échouent
Le raffut des rafiots multipliant leurs étincelles riantes soulevées par des palettes de tonneaux
Découpées dans le jarret des tankers déposés, un éclaté vu de face qui se confond sur l’horizon
5
Alors que la France accueillait le TK Bremen dans le Morbihan, fument les torches d’acétylène
Les ouvriers de la démolition tirent au moyen des câbles métalliques les chaluts enferrés
La même image revenant à intervalles réguliers sur les photos et les reportages triponts
Tandis que des enfants trop jeunes voient mourir des cargos supergéants sous leurs regards
6
Les photos s’éclipsent du ciel au crépuscule qui descend du port de Chittagong cette raffinerie
Depuis la Phaka Highway longeant la digue plate découpée par une lame en oxyde de zirconium
Les morceaux de filets livrés à heure fixe aux forges en L de la Abul Khair Steel Melting Limited
Où les hauts-fourneaux brûlent pour faire d’une industrie de l’acier le porteur d’un peuple côtier
7
Le 12 décembre, le Bengladesh commémore ses morts perdus dans les flots asthmatiques du temps
46 décès constatés depuis 14 mois sur les littoraux bengali, indien et pakistanais qui se partagent
Un décompte fait de chutes et d’inhalation de métaux lourds, de mercure et de polychlorobiphényles
Alors que les explosions et les incendies au crépuscule provoquent une suffocation devant l’estampe
8
Les travailleurs saisonniers font la planche, des hommes liquidés par les matelots après leur chute
Les vrais bateaux disparaissaient à Trafalgar coulés par le fonds, une bouteille de rhum par-dessus bord
Trop lourds aujourd’hui, ces fiers-à-bras qui défient des creux de plus douze mètres sans sourciller
Ils vidangent dans leur crématoire à ciel ouvert d’acier après l’échange d’un trafic d’organes toxiques

mercredi 17 août 2011

163. D’un arasement du Nord-Viêtnam en escaliers



Les verdures sont consacrées aux cultures ethniques du riz
Qu’habitent les montagnards aux couleurs nuancées de bleu cobalt
Parsemées de liserés euclidiens dans une commune mesure fractale
Les minorités hmong, dao et autres couvertes d’un faciès chinois

À Hanoi, les nouveaux gratte-ciels d’albâtre jonchent les rizières
L’extension de la ville incorporant les périphéries paysannes
Invitant à découvrir l’appareillage des États-Unis
Dans son musée de l’Armée de couleur vert kaki

Les feux rouges au carrefour et les déclarations d’impôt
Ont émergé dans un pays en pleine transformation depuis 1990
Inondé de ventilateurs soufflant avec une fraîcheur moite
L’âge médian de 27 ans à Saigon levant les bras du pays

Après le millième anniversaire fêté par la capitale
Hanoi où l’on défriche les ruines de la citadelle royale
Grâce à sept millions de vélocipèdes et de motocycles
Qui essaiment au tout-venant en franchissant le pont Long Bien

Tout un drugstore est flanqué sur les trottoirs
Comme du papier peint qui lèche les allers et venues
Où les marchands déversent le poisson pourri sur l’alu de l’asphalte
Puis des échoppes de calamar pilé ou de viande fermentée à la mousse

Fondé par Ly Thai To en 1010 sur une lagune vénitienne
Bordée par le fleuve Rouge multicolore de la mousson
Dans un Tonkin issu de l’Annam ou de Cochinchine
Après une victoire en 981 sur la Chine des Song

Une belle courbe descend de la capitale jusqu’à
Hô-Chi-Minh ville où trône le mausolée du père
Une autoroute nord-sud entre les barricades de terre compacte
L’effroi d’une crue déversant 4 000 m3/s de boue transversalement

Une balade en amoureux sur Piaggio, un cache-nez sur les poumons,
Les mains sur les hanches de la ville secouée par une voie ferrée bicéphale
Les fils électriques enterrés sous les pieux qui portent les clôtures
8 lignes de métro creusant des tunnels saupoudrés de longerons

mardi 26 juillet 2011

150. La puissance de feu contre le Viêt-Cong



La pose des barricades à tous les coins de Saigon permettait de vider tous les chargeurs en direction de l’ambassade
Alors Westmoreland prit la décision d’attaquer tous les ponts mobiles que la guérilla communiste poserait en branle
Pour l’instant tapie dans une stratégie d’infiltration qui reliait tous les points de la chancellerie jusqu’à la jungle
Dans un micmac médiatique regardant de travers un cliché de cervelle par Eddie Adams et le massacre de My Lai

C’était une guerre d’endoctrinement et d’annihilation, un peloton d’exécution sous les caméras des grands jours
Chaussés des plus grands objectifs, zoom sur l’impact d’une balle sur un Marines ou des coups de crosse sur le crâne
Des salves de miniguns et de roquettes crachés des bâtiments mobiles pour percer le flanc d’une brise nord-Vietnam
Un no man’s land en plein champ de course où les passants virent aux premières loges une guerre en déroulé panoptique

Un kinopanorama sur la demi-sphère de notre rétine capturée par les hélicoptères de combat  aux pâles dolby surround
Des gicleurs 3D et des projections d’entrailles sur des murs de béton perforés par l’onde de choc en motion capture
Les garnisons de rebelles issues de la foule faisant une citadelle assiégée récupérant les infiltrés de la province rouge
Des phases de tir creusées sur les lignes d’horizon qui descendaient des postes d’observation situés en contre-haut

Les forces de la NVA dévalèrent la zone démilitarisée de Huê où les Américains postèrent leur nouvel objectif
Contre les armes automatiques, les mortiers et les grenades des aventuriers sans uniforme sortant la nuit pour tirer
Ignorant les risques d’un tsunami de napalm pendant qu’ils crapahutaient dans un réseau de tunnels ouverts aux rats
Des M-16 et des rations de pitance bandées sur le dos en noir & blanc crépitant sous les poussières de la peur

Lien tactile entre les rédactions recevant par cargos et hydroglisseurs les photos surmultipliées en grand format
D’une guerre enrôlée sur le petit écran que des pantouflards hypnotisés léchaient dans des fauteuils mortuaires
Créait le déséquilibre d’un sentiment pacifiste issu du Flower Power contre l’administration de Lyndon Johnson
La base de Khesanh au milieu des hostilités que déclenchèrent enfin les nord-vietnamiens au 30 janvier 1968

Des missiles sol-sol, du mortier de 122 mm, des lance-flammes et de l’artillerie lourde de 130 mm se déversaient
Dans un siphon de chair tournoyant selon la force de Coriolis dans un dédale pluvieux de missiles soviétiques
Créant un nouveau profil jugulaire au paysage de jungle devenu une lune de cratères fabriqués par 200 000 obus
Ouvrant la vue sur des milliers d’hectares de terres remuées par une décharge des forces artilleuses de l’Histoire

10 000 Viêt-Cong perdirent la vie sous l’Apocalypse de Khesanh, fosse commune, que les média virent perdue
Une piste d’atterrissage pour les corps passant le Styx à la place du Mékong où les eaux pluvieuses sont dérivées
Sous le contrôle thermique des B-52 lessivant à la chaux un kilomètre de surface sur deux pour liquider les chairs
Une victoire militaire prévue à 50 contre 1 laissant un verdict de rejet en appel dans les colonnes des Newsweek

« Cette propension humaine à généraliser à partir d’un fait a toujours été la cause d’une déformation des idées »
M. Taylor dans Swords ans Plowshares arrêtant une vue anecdotique d’une maison en feu que les photos cliquent clac
En pleine période de réformation des droits civils éveillés à la drogue, au sexe, au rock et à la libération des femmes
Lors d’une guerre picrocholine contre des hommes fourmis ou du plancton invisible relié au nord communiste

Jane Fonda fit sa Marilyn de 1954 en débarquant sur les bases arrières qu’enfumaient les nightclubs et bowlings
Loin des réserves de défoliants qui permirent de développer les rendements des arpents de riz semés à l’hectare
Avant la reprise du pays par le Viêt-Cong en 1975 lors d’une insurrection préludant aux massacres khmers rouges
Une bombe ne tenant qu’à un fil au-dessus d’Hanoi journaliste où débarquent idéologiquement les reporters

lundi 20 juin 2011

128. Plantation des pagodes à l’envers


En l’honneur du généralissime Than Shwe
Passé général-major puis haut dignitaire du parti
Quand le pays roule en sens contraire, volant à droite,
Brûlant les pépins de Kyet Su des agrocarburants


Les astrologues du régime font les mages
Cueillant le pavot avant l’expédition d’opium
Au milieu d’une pipe fabriquée en bronze
Alors que s’égare Yangon vers Naypyidaw


Le long d’une autoroute de 320 kilomètres
Entravés par les barbelés d’une ville militaire
Entourant un zoo sur le fleuve Sittang
Dans une ville à la fois modèle et fantôme


Une zone militarisée assure la desserte des convois
Un choc économique irriguant un terrain de golf
Au milieu d’une kyrielle d’agents fonctionnaires
Attendant le regard vide que le jour se couche


Une population de 925 000 hommes dont 400 000 soldats
Faisant des allers et retours dans l’époque ancestrale
Quand le destin se lisait dans les entrailles cyanurées
Bâtissant un musée de la lutte contre la drogue 

Les autoroutes comptent huit lignes goudronnées
Alors que les bandes d’arrêt d’urgence font le tarmac
Que les tours de contrôle réquisitionnent dans la savane
Laissant les hypothèses sortir un train d’atterrissage


Les journaux racontent l’envolée des prix en base 9
Dans un pays gagnant $30 en moyenne basse
Vendant une carte SIM $1500 en pleine tulipomanie
Les officiels fuyant devant l’afflux d’un touriste


Les Universités furent divisées pour mieux régner
Rejetées à la périphérie de Yangon estudiantine
Un aéroport splendide de 63 000 mètres carrés
Dressant un polygone violet dans un ciel émerveillé


Les flux électriques sont erratiques en Birmanie
Rebaptisée Myanmar en 1989 lors d’une année constituante
La vieille Birmanie ressemble encore à une lithographie
A peine jaunie par les rayures d’un monde sans visa

lundi 7 février 2011

37. Les chambres de commerce et d’industrie du Vietnam

Les viandes au formol des étals de Phnom Penh sentent les putrescences de la braise  
Parce que les pâtures sont lessivées par les pluies acides descendues des cheminées
Après le poulet à la dioxine et les légumes au sulfite agrémentés d’un vin de pestilence
Sur une tablée d’un bord de route où les coulis s’entassent lors des pauses déjeuners

Les parasites sont éradiqués dans des fosses à purin rehaussées avec une échalote
Une lamelle de gingembre faisant une cerise sur le composte assaisonné de coriandre
Au sein d’une macrobiotique géniale respectant l’agrosystème de la biodynamie
Un peu d’ail et d’oignons qui finissent de faire frire la dégénération des bacilles

Les cultures maraîchères retrouvent un second souffle depuis un nappage d’aubergine
Liquidé depuis les canadairs fictifs que les arrosoirs déversent entre liserons et amarantes
Pour produire des qualités supérieures de riz expérimental au grain d’une pastèque oblongue
Pendant que les paysans créent leurs engrais à partir de vinaigre de charbon et d’huile d’argousier

Les nouvelles testamentaires de la fermentation microbienne redorent les palimpsestes
Alors que la sylviculture des centres de recherche fait des bonds de géants entre les travées
Pratiquant une forme de jachère sans tracteur au sein des pays de la mousson à ânes bâtés
La pratique des hameaux traditionnels devant servir d’exemple aux ministères sourds d’oreille